Christian Eriksen n’a rien oublié. Désormais joueur de Wolfsburg après trois saisons passées à Manchester United (2022-2025), l’international danois est longuement revenu sur son aventure anglaise dans une interview accordée à l’édition dominicale du Times. Et au cœur de son témoignage, une phrase continue de résonner : celle prononcée par Ruben Amorim, alors nouvel entraîneur des Red Devils, lorsqu’il avait qualifié son équipe de «peut-être la pire de l’histoire de Manchester United».
Une déclaration choc, devenue virale en janvier 2025, et qui symbolise encore aujourd’hui l’une des périodes les plus sombres vécues récemment par le club mancunien.
Une saison sous tension à Old Trafford
Lors de la saison 2024-2025, Christian Eriksen a vécu un exercice contrasté. Sous les ordres de Ruben Amorim, arrivé en cours de saison pour tenter d’enrayer la spirale négative, le Danois a pris part à 21 des 42 matchs dirigés par l’ancien entraîneur du Sporting Portugal en Angleterre. Une implication réelle, mais dans un contexte particulièrement instable.
Manchester United enchaînait alors les contre-performances, notamment en Premier League, où les défaites s’accumulaient. C’est après un revers cinglant face à Brighton (1-3 à Old Trafford), le 19 janvier, que Ruben Amorim avait lâché sa fameuse phrase en conférence de presse.
«Nous sommes peut-être la pire équipe de l’histoire de Manchester United.» Une sortie brutale, censée provoquer une prise de conscience, mais qui, selon Eriksen, a surtout produit l’effet inverse.
«Ça n’a servi à rien du tout»
Dans son entretien au Times, Eriksen ne cache pas son malaise face à cette communication publique jugée contre-productive. «Ça n’a servi à rien. Oui, ça n’a servi à rien du tout. Enfin, ça n’a pas du tout… Il ne me semble pas que ça ait aidé les joueurs», confie-t-il sans détour.
Le milieu offensif insiste sur la différence entre les discours tenus en interne et ceux exposés devant les médias : «On peut dire certaines choses en interne, mais ce n’est pas judicieux de les dire en externe, en mettant une pression supplémentaire et en stigmatisant les joueurs, qui faisaient déjà de leur mieux.»
À 33 ans, Eriksen évoque aussi la fatigue mentale provoquée par l’enchaînement de polémiques :
«Il ne me semble pas que cela ait aidé du tout, pas du tout. Qu’il ait raison, tort ou autre… Mais je pense que, pour nous, c’était un peu comme si on se disait : “Oh non, on y est encore. Encore un titre à scandale”»
La déclaration qui a mis le feu aux poudres
Ruben Amorim, conscient de la portée de ses mots, avait pourtant tenté de les assumer publiquement. Ce jour-là, face aux journalistes, il avait détaillé son raisonnement : «Nous sommes peut-être la pire équipe de l’histoire de Manchester United. Sur les dix derniers matchs de Premier League, nous n’en avons gagné que deux. Imaginez ce que ça représente pour un supporter de Manchester United. Imaginez ce que ça représente pour moi. Un nouvel entraîneur vient d’arriver et il perd plus de matchs que le précédent [Erik ten Hag]. J’en suis parfaitement conscient»
Avant de conclure, presque résigné : «Je sais que vous [les médias] voulez des gros titres, mais je dis cela parce que nous devons en prendre conscience et changer les choses. Voilà, votre gros titre.» Une tentative de choc psychologique qui n’a visiblement pas porté ses fruits sur le terrain.
Un respect intact pour Amorim
Malgré ces critiques, Christian Eriksen refuse toute forme de règlement de comptes personnel. Bien au contraire. Le Danois tient à souligner les qualités humaines et professionnelles de Ruben Amorim. «Oui, il est arrivé avec ses idées. Il a essayé de changer les choses, comme vous pouvez le constater, de tout faire pour qu’il se déroule comme il l’entend. Certains joueurs pour certains postes, pour un certain style de jeu. C’est sa conception du succès.»
Il rappelle également la difficulté de la mission confiée au technicien portugais : «Il a dû beaucoup changer car les joueurs n’étaient pas habitués à ce système tactique. De plus, historiquement, Manchester United a toujours privilégié un système tactique différent. Et oui, il a été très honnête. Il a été très honnête avec moi dès le début. Très, très, très honnête, je dirais.»
Avec trois passes décisives en 13 matchs cette saison sous les couleurs de Wolfsburg, Christian Eriksen semble avoir retrouvé sérénité et continuité loin de la pression d’Old Trafford.