À 27 ans, Kylian Mbappé a déjà vécu plusieurs vies. De Bondy aux plus grands stades d’Europe, l’attaquant du Real Madrid a réalisé son rêve d’enfant. Mais derrière l’image du phénomène qui empile les records, se cache une trajectoire plus intime, marquée par une précocité lourde à porter.
Révélé très tôt lors de son explosion à l’AS Monaco, Mbappé a grandi plus vite que les autres. Talent hors norme, maturité inhabituelle, regard déjà tourné vers l’excellence : tout semblait indiquer un destin d’exception. Sauf que cette avance sur les autres enfants n’a pas toujours été un cadeau.
«Être « précoce », beaucoup pensent que c’est un atout. Mais ce statut, j’en ai souffert la majeure partie de mon enfance comme tous ceux, je crois, que l’on range dans cette catégorie. Parce que tu n’es pas compris. Parce que tu es différent et que tu ne comprends pas trop en quoi. Avant de faire une force de cette différence, j’en ai bavé. Il m’a fallu comprendre pourquoi j’étais comme ça avant de l’accepter et de faire avec», confiait-il en 2021 dans France Football.
Parti très tôt de chez lui pour poursuivre son rêve, Mbappé s’est retrouvé plongé dans un monde d’adultes alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Le décalage ne se jouait pas seulement sur le terrain : «Cette différence a été dure à gérer ? Oui. Petit, je n’étais pas différent parce que je dribblais tout le monde mais parce que j’avais des réflexions et des raisonnements qu’ont généralement les adultes. Comme dans une course, j’étais en avance. J’étais vu parfois comme un fou parce que différent de la norme. Et quand tu es gamin, tu souffres de ça. J’ai eu la chance de m’en sortir à partir du moment où j’ai mieux compris qui j’étais vraiment»
Le poids du silence autour de sa différence
Détecté comme enfant précoce à l’école primaire, Mbappé explique surtout avoir souffert du manque d’explications : «Pourquoi je souffrais ? Parce que personne n’était capable de m’expliquer ma différence. J’avais le sentiment que personne ne me comprenait, que j’étais seul en fait. Je manquais d’explications. Je me souviens avoir passé ces tests (en CE2) pour déceler mon statut d’enfant précoce et sauter éventuellement des classes. Mais après ces tests, on ne m’a jamais rien dit, ni expliqué. Et je me suis retrouvé encore plus paumé. Cette absence d’explication vous l’interprétez ensuite comme si on voulait vous cacher des choses… J’en ai vraiment souffert même si j’étais au sein d’une famille très à l’écoute et attentive à mon mal-être».
C’est finalement à Monaco, au contact du monde professionnel, qu’il commence à mettre des mots sur ce qu’il ressent : «J’ai porté cette souffrance jusqu’à quand ? Environ 16 ans. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à trouver des réponses à mes nombreuses questions. Parce que ce n’était pas que de la faute des autres, il fallait aussi que je fasse un travail sur moi-même. Le fait d’être confronté à des adultes lors de mes débuts en pro à Monaco m’a forcément aidé»