Ancien défenseur de Newcastle United et Watford FC, Daryl Janmaat a brisé le silence sur l’une des périodes les plus sombres de sa vie. À 36 ans, l’ex-international néerlandais (34 sélections) a révélé avoir sombré dans une dépendance à la cocaïne après la fin prématurée de sa carrière.
Passé par le Feyenoord et troisième de la Coupe du monde 2014 avec les Pays-Bas, Janmaat semblait avoir tout réussi. Il avait disputé cinq rencontres lors du Mondial brésilien, contribuant à la victoire contre le Brésil pour la troisième place. Mais derrière cette réussite sportive se cachait une descente aux enfers.
Tout bascule à cause d’un problème persistant au genou, aggravé par une injection qui provoque une infection. «Je voulais tellement continuer, mais une blessure au genou a tout gâché. Ce genou était énorme. Après une injection, ça a mal tourné : l’articulation s’est infectée à cause d’une mauvaise aiguille. Ma carrière était terminée. Je n’ai pas pu le supporter», confie-t-il. Habitué à une discipline stricte, à un quotidien rythmé par les entraînements et les matches, Janmaat se retrouve soudain sans repères. «Les problèmes n’ont commencé que lorsque j’ai arrêté. En tant que joueur, tout est clair : vous passez d’un entraînement à l’autre. D’un match à l’autre. Lorsque tout cela a disparu et que je me suis senti totalement déplacé en tant que directeur technique de l’ADO, les choses ont mal tourné. Et pour de bon»
Il tente pourtant de rester dans le milieu en devenant directeur technique à l’ADO Den Haag. Mais le manque de soutien et la perte de structure accélèrent sa descente. «Tout le monde et tout m’aidait, mais j’étais livré à moi-même. C’était rien. J’ai soudainement perdu la structure que j’avais eue pendant des années en tant que footballeur. Cela a été difficile. La dépendance à la cocaïne s’est progressivement installée. On commence à mentir à ses proches. C’est terrible ; j’ai fait beaucoup de mal à beaucoup de gens», admet-il.
«J’ai touché le fond, vraiment très bas»
C’est lors d’une conférence au Pathé Tuschinski d’Amsterdam que Janmaat se livre pour la première fois publiquement. Père de trois enfants, il reconnaît l’ampleur des dégâts sans entrer dans les détails : «J’ai trois enfants qui entendent et lisent aussi des choses. Je ne peux pas et ne veux pas entrer dans les détails, mais ma dépendance à la cocaïne a causé beaucoup de souffrances.»
Sa chute le conduit à Scheveningen, puis dans une clinique de désintoxication en Afrique du Sud, pour une thérapie intensive loin des stades. «Une addiction est vraiment un combat, où l’on se retrouve les mains dans les cheveux. Littéralement. Vous êtes en proie à une lutte qui vous brise vraiment. Dans une telle clinique, vous suivez une thérapie et avez des conversations. Depuis, j’ai pris un autre chemin. Oui, le bon chemin. Heureusement. Le monde du football, c’est fini, je pense. Du moins pour l’instant.»
Le paradoxe de la pression
Ce qui frappe dans son récit, c’est le contraste entre la pression sportive et le vide post-carrière. «Je pouvais gérer la tension des matchs de haut niveau, même si j’en souffrais, vous savez. C’est un tabou, mais essayez simplement de gérer toutes ces opinions. J’ai joué une Coupe du monde, de nombreux matchs dans un stade De Kuip plein à craquer, en Premier League avec Newcastle United et Watford. J’ai affronté les meilleurs attaquants. Bien sûr, il y a de la tension dans ces moments-là, mais je n’ai pas complètement perdu mon équilibre», a-t-il déclaré. Son témoignage est au cœur du documentaire Real Men Don’t Cry, qui explore les défis liés à la santé mentale des athlètes d’élite.
Aujourd’hui, Janmaat tente de reconstruire sa vie. Il dirige sa propre salle de sport, le High Power Gym à Scheveningen, et s’accroche à une routine saine. Financièrement, les dégâts sont restés limités. Mais sur le plan personnel, le prix à payer fut lourd. «Je suis toujours officiellement marié, mais nous ne sommes plus ensemble. La relation ne fonctionnait déjà pas très bien, mais cette dépendance n’a évidemment pas aidé. Beaucoup de dégâts ont été causés, même si nous nous entendons à nouveau bien», a-t-il déclaré. Il insiste : «C’était de la cocaïne, rien d’autre. Pas d’alcool non plus. Cela peut arriver à n’importe qui, je pense. Je n’aurais jamais pensé pouvoir devenir dépendant.»
Malgré son rétablissement, Janmaat a décidé de s’éloigner du monde du football, au moins pour l’instant. «J’avais tout en tant que joueur. Mais trop de choses se sont passées entre-temps. Le monde du football, c’est fini, je pense. Du moins pour l’instant.» Son honnêteté tranche avec le silence traditionnel des anciens professionnels. À travers ce témoignage, il espère avertir ceux qui, demain, pourraient connaître le même vertige après la retraite. «La cocaïne détruit beaucoup de choses. Ma famille et mes amis m’ont soutenu, mais j’ai déçu beaucoup de gens. On commence à mentir et à déformer les choses. C’est épuisant, mais surtout très douloureux. Est-ce que ma vie était en danger ? Eh bien, j’étais au fond du gouffre, très au fond. J’ai vécu des moments vraiment très difficiles, restons-en là», a-t-il conclu.