Antonio Cassano, l’ancien attaquant italien, n’y va pas par quatre chemins. Dans une interview exclusive accordée au Corriere della Sera, le natif de Bari s’est exprimé sans filtre sur l’état actuel du football italien, en visant particulièrement deux figures emblématiques de la Serie A : Massimiliano Allegri et Simone Inzaghi.
«Le football italien manque de qualité. Et ce n’est pas celui d’Inzaghi et d’Allegri», affirme Cassano. Selon lui, le niveau du championnat a stagné, s’enfermant dans des modèles tactiques répétitifs qui ne séduisent plus les spectateurs. Pour illustrer son propos, il cite le dernier derby remporté par le Milan AC contre l’Inter : «Étant donné que Modric est l’un des plus grands joueurs de l’histoire, le derby a été très mauvais. Nous allons lentement, nous manquons de rythme, de qualité. Je le dis depuis des années, même si je le dis de manière grossière»
Allegri et Inzaghi dans le collimateur
Cassano critique la philosophie défensive d’Allegri : «Cela n’arrive qu’en Italie, où nous continuons à suivre Allegri — qui a mérité de gagner le derby, soyons clairs. Notre philosophie est de bien nous défendre, en espérant que quelque chose se passe devant : mais cela fait maintenant quinze ans que cela dure.» Pour Inzaghi, le verdict est tout aussi sévère : «Les quatre années d’Inzaghi à l’Inter ont été un échec. C’était l’équipe la plus forte et elle n’a remporté qu’un seul Scudetto. Le problème est de proposer du football.»
Selon Cassano, le football moderne passe par d’autres influences : «Guardiola, puis Bielsa et De Zerbi, qui n’ont pas gagné mais proposent toujours des idées différentes, en jouant un football divin à mille à l’heure. Maintenant, tout le monde a découvert Iraola de Bournemouth, mais cela fait trois ans qu’il pratique un jeu magnifique. Pour moi, le football est autre chose que celui d’Inzaghi ou d’Allegri.» Il reconnaît néanmoins certains succès italiens : «Spalletti a été formidable. Conte aussi. Et Mancini a fait un Euro fantastique : avec l’Italie de Prandelli en 2012, c’était la meilleure équipe nationale, puis nous avons affronté l’Espagne en finale, peut-être la plus forte de l’histoire.»
L’Inter et la Juventus en transformation
Cassano voit un potentiel changement à l’Inter avec Cristian Chivu : «Il vient de la philosophie de l’Ajax et je suis convaincu que l’année prochaine, il changera l’Inter, en jouant à 4 en défense. Une restructuration importante sera nécessaire. Il faut deux milieux de terrain, car Calhanoglu partira en Turquie et Barella a du mal à courir. Le problème pour jouer en 4-2-3-1, ce sont les ailiers forts, qui coûtent cher, tout comme un milieu défensif comme Lobotka. Qui, selon moi, ira chez Spalletti l»
À la Juventus, il estime que Luciano Spalletti doit composer avec un effectif limité : «La Juve le gardera, affirme l’ancien attaquant, car c’est une équipe médiocre, sans joueurs de haut niveau. La Juve peut dépenser, mais elle doit se séparer de dix joueurs» Cassano évoque également le possible retour de Francesco Totti à la Roma : «Il y a eu quelque chose. Mais s’il doit revenir pour faire de la figuration, je lui ai dit de laisser tomber. Il doit se sentir utile et doit étudier et apprendre le métier. Il ne peut pas se reposer sur ses lauriers» Quant à Paolo Maldini, il le voit comme la personne idéale pour diriger la Fédération italienne : «Une seule personne peut changer les choses en tant que président de la fédération, et je précise qu’il n’est pas mon ami et que je ne le connais pas : Paolo Maldini. Il a un statut, il a étudié, il sait de quoi il parle, il n’a pas de maîtres.»
L’Italie et les barrages pour la Coupe du monde
Enfin, Cassano se montre prudent pour les barrages à venir : «La seule raison d’être optimiste, ce sont l’entraîneur et le gardien, qui est le seul champion que nous ayons. Gattuso va tirer le meilleur des joueurs. Mais contre le Pays de Galles, qui joue à mille à l’heure, avons-nous la personnalité et le rythme pour y arriver ? J’en doute.» Il soutient par ailleurs le rappel de Marco Verratti en sélection : «C’est un risque, sans aucun doute. Mais Barella et Tonali n’ont jamais été des leaders, et puis il y a Locatelli qui, pour moi, est inenvisageable. Verratti à 40 % est mieux. Ne lui mettons pas trop de pression sur les épaules, avec des comparaisons comme celle avec Vieri.»