Lamine Yamal traverse une période délicate. Le prodige du FC Barcelone, indispensable à seulement 18 ans, souffre d’une pubalgie persistante qui l’a contraint à manquer les deux derniers matchs de qualification pour la Coupe du monde 2026 avec la sélection espagnole, face à la Géorgie et à la Turquie. Un coup dur pour La Roja… mais surtout pour le joueur lui-même, qui vit sa première vraie crise physique depuis son explosion médiatique.
Pour comprendre la difficulté extrême de cette blessure, un homme a souhaité témoigner : Juan Francisco Martínez Modesto, plus connu sous le nom de Nino. Figure légendaire d’Elche, auteur de 125 buts en 431 matchs, il sait exactement ce que traverse Lamine Yamal. Dans un entretien accordé au journal Sport, il livre un récit brut, honnête, et parfois saisissant, d’une douleur qui peut briser une carrière.
Nino se replonge près de vingt ans en arrière, au moment où la pubalgie a surgit dans sa vie sans prévenir : «La pubalgie est apparue en 2002/2003, j’avais alors 21 ou 22 ans. Ça arrive du jour au lendemain. On n’en connaît pas la raison, on commence à expliquer qu’il y a un déséquilibre au niveau des lombaires, des adducteurs, des abdominaux…», explique-t-il.
Il décrit un mal insidieux, difficile à identifier : «On ressent une douleur, mais on se dit que c’est peut-être juste une des mille surcharges qu’un footballeur de haut niveau subit au cours d’une saison. Quand on ressent cette douleur au moment du tir, on commence à s’inquiéter. On consulte des médecins et des kinésithérapeutes, qui pensent qu’il pourrait s’agir d’une pubalgie. Ça s’aggrave, et c’est compliqué… On en arrive au point d’avoir mal en sortant de la voiture, en toussant, sous le nombril… Faire une passe de cinq mètres à un coéquipier devient impossible»
Une douleur permanente et épuisante
L’ancien attaquant décrit une sensation extrêmement handicapante : «C’est comme un pincement dans la région abdominale, au niveau des adducteurs. C’est une douleur très constante qui ne vous quitte jamais. C’est insupportable.» Même les anti-inflammatoires classiques offrent un répit dérisoire : «On peut prendre du Voltaren pour soulager la douleur, mais au bout de 45 minutes, on est de nouveau très limité.»
S’il est un domaine où Nino lance une véritable alerte, c’est celui de la pression externe. «C’est très dur, mentalement. On parle de jeunes de 18 ans dans une société qui ne se soucie que de gagner.»
Il déplore l’absence d’empathie dont les supporters et les observateurs peuvent faire preuve : «Ce qui compte pour les supporters, ce sont les résultats, pas le fait que Lamine souffre de pubalgie et doive vivre avec, tout en se faisant soigner. Il bénéficie de toute l’aide nécessaire, mais tout prend du temps, et être au top de sa forme n’est pas chose facile. Il doit faire face à des exigences mentales très difficiles, et parfois, cela a des répercussions sur ses muscles»
Une exigence extrême, un danger réel
L’ancien buteur met en lumière une pression qui peut devenir toxique : «Vous savez que vous n’avez pas le droit à l’erreur, que vous évoluez dans un monde où les exigences sont extrêmement élevées, où vous ne pouvez pas vous permettre de rater deux passes ou un match et demi. Le moindre faux pas qui ne soit pas dans l’intérêt du club vous expose à des critiques»
Malgré la gravité du sujet, Nino se montre optimiste après avoir observé les dernières performances du jeune ailier : «Je l’ai vu plus énergique, avec des mouvements beaucoup plus rapides. En cas de pubalgie aiguë importante, ces mouvements sont extrêmement pénibles. On sent qu’il va beaucoup mieux. Il est plus dynamique, plus fidèle à lui-même, à tous points de vue. Cela signifie que sa pubalgie guérit bien».