Depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le quotidien des joueurs de football présents au Moyen-Orient a été brutalement chamboulé. Dans la nuit du 28 février, plusieurs villes iraniennes, dont Téhéran et Ispahan, ont été visées, entraînant la mort de figures majeures du régime et déclenchant une riposte massive sur l’ensemble de la région.
Des centaines de missiles et drones ont touché Israël et des bases américaines, tandis que la fermeture du détroit d’Ormuz a secoué les marchés mondiaux. À quelques mois de la Coupe du Monde 2026, la FIFA doit gérer l’incertitude entourant la participation de l’Iran sur le sol américain. Pour Duckens Nazon, attaquant d’Esteghlal, fuir l’Iran a été un véritable casse-tête : «L’embarquement était terminé, on était sur la piste, mais l’avion n’a jamais décollé, on nous a dit « tout le monde descend ». J’ai essayé de rejoindre la frontière le plus rapidement possible, il fallait quitter le pays, c’était la priorité. J’avais réussi à avoir un visa express grâce à l’aide de ma femme mais lorsque l’Iran a tamponné pour que je sorte, il fallait aussi un code fournit par l’ambassade pour passer la frontière, mais le code ne marchait pas à cause d’internet qui ne fonctionnait plus, je n’ai même pas pu sortir de l’espace de douane pour aller dormir à l’hôtel, je suis resté bloqué 32h à la frontière.»
À Doha et Dubaï, les footballeurs et leurs familles ont partagé des récits de peur et d’incertitude. Enza, l’épouse de l’ancien international italien Danilo D’Ambrosio, raconte : «Nous avons passé la nuit dans un sous-sol où il y avait des alarmes et des explosions constantes. Nous attendons juste qu’ils nous ramènent à la maison. Ce fut une nuit cauchemardesque. Des alarmes. Des détonations. La terreur se lisait dans nos yeux. Les enfants dormaient, mais pas nous, car nous ne savions pas ce qui allait se passer. Quand l’alarme a sonné sur nos portables, nous avons couru les chercher et sommes descendus à la cave. Nous sommes restés cachés pendant des heures, et chaque bruit nous faisait éprouver une peur panique. Ce matin, nous nous sommes réveillés au son de nouvelles détonations. Personne ne peut nous dire quoi que ce soit»
«J’ai entendu cinq ou six explosions»
Roberto Mancini, ancien sélectionneur italien et entraîneur d’Al-Sadd, a relaté au TG1 : «Mon téléphone a sonné, avec des messages en arabe, et j’ai entendu cinq ou six explosions. Nous étions à l’église pour un office religieux lorsque les alarmes ont retenti, et on nous a ordonné de rentrer immédiatement chez nous et de ne pas sortir. Ma mère m’a appelé, inquiète, mais pour l’instant, elle peut être rassurée. Nous avons suivi l’actualité ces derniers jours et, compte tenu du déploiement de forces dans le Golfe, nous pensions que quelque chose pouvait arriver mais nous espérions que la diplomatie l’emporterait. Croisons les doigts»
À Dubaï, Patrice Evra, ancien capitaine des Bleus, a tenu à rassurer sa famille : «Je vais très bien. Il y avait beaucoup de bruit dans le ciel, j’ai vu un missile ou un drone, appelez ça comme vous voulez, mais il a été intercepté. Je comprends les craintes de ceux qui, comme ma femme, mes enfants et d’autres, ont peur, mais Dubaï n’est pas attaquée. J’ai confiance dans le gouvernement, ils sont en train de sécuriser le ciel. Ce n’est pas aussi grave que ce que les gens dans les vidéos laissent entendre, je me sens en sécurité. C’est vrai, il y a eu des explosions, mais arrêtez de dire que ce n’est pas sûr ici. Je me sens en sécurité, j’ai confiance dans le gouvernement. Maintenant, je vais à la salle de sport, je prends mon repas et je reprends le cours de ma vie. Quand tout va bien, tout le monde dit que Dubaï est le meilleur endroit au monde, maintenant tout le monde veut s’évader»
«Ça fait trembler tes fenêtres»
Jordan Veretout, installé au Qatar, décrit un quotidien rythmé par les alertes et les interceptions de missiles dans les colonnes de L’Équipe : «Tout le monde nous appelle pour savoir ce qui se passe ou prendre de nos nouvelles. On essaie de les rassurer. Même si, quand tu vois les missiles ou les drones être interceptés, c’est impressionnant. Les premiers jours, ça fait un peu bizarre. Tu reçois des alertes sur ton téléphone qui te disent de rester chez toi. Et là, tu vois des missiles être interceptés. Ça fait beaucoup de bruit, ça fait trembler tes fenêtres. C’est un peu stressant. La nuit, tu le vois encore mieux. Ma fille aînée nous pose des questions. Mais on se sent en sécurité. Et depuis deux jours, c’est un peu plus calme.»
Au micro de RMC, l’international français a aussi raconté un réveil brutal lorsque les premières explosions ont retenti. «Après un réveil comme tous les autres, on a entendu péter dehors. On avait déjà vécu ça il y a quatre, cinq mois avec les bombes sur le Hamas. Le premier réflexe a été d’allumer la télé. On a vu que les Américains et les Israéliens avaient attaqué l’Iran. On savait qu’il y a une base militaire américaine sur le territoire qatari. On passe par plein de moments. On ne sait pas ce qui va se passer, on essaie de rassurer tout le monde, surtout les enfants qui sont en pleurs. Ça n’a pas arrêté toute la journée, donc on commençait à s’inquiéter. On n’a pas beaucoup dormi la nuit suivante, et après ça s’est calmé. On espère que ça va rester comme ça. C’est un peu flippant».
Romain Saïss, défenseur marocain, résume le sentiment partagé par de nombreux joueurs dans un entretien accordé à L’Équipe : «On parle de bombardements quand même. On nous dit qu’il y a entre 60 missiles et 15 drones interceptés. Mais le pays n’a pas cédé à la panique, les gens sont calmes. Après, je ne vais pas mentir. Tu as l’impression d’être dans un film. Ça reste des missiles et il faut faire attention aux débris… Pour mes enfants, c’est impressionnant. Il y a moins de gens que d’habitude dans les rues mais ce n’est pas désert. Il y a de la circulation et tu peux tout à fait voir des gens dans les restaurants ouverts. Les petits peuvent aller dans le jardin».