Déjà écarté de son poste, Luciano Spalletti vivra ce soir son ultime match à la tête de la Squadra Azzurra, face à la Moldavie. Une situation à la fois inédite et surréaliste : débarqué après une lourde défaite contre la Norvège (0-3), il est pourtant encore chargé d’un match crucial pour espérer une qualification à la Coupe du monde 2026. Avant cette dernière mission, le technicien toscan s’est confié avec émotion et franchise, dressant un constat sans détour de ses mois à la tête de la Nazionale.
En conférence de presse, Spalletti n’a rien esquivé. L’émotion à fleur de peau, il a reconnu avoir vécu une période extrêmement pesante.
«Comment ai-je dormi cette nuit ? Il est clair que ces situations dépendent du feeling qu’on y met. J’ai parfois du mal à m’endormir. Tout m’épuise et rien ne m’échappe. Les défaites plus que les victoires. Ce qui s’est passé, je le réaliserai avec le temps. Est-ce que j’espérais une fin différente ? Si vous faites référence aux 22 mois, on réfléchit même si on ne peut pas revenir en arrière. Vos choix se sont avérés mauvais, car vous avez choisi les mauvais joueurs ou voulu faire les choses différemment, mais je suis particulièrement désolé, car je n’avais pas de joueurs importants disponibles à cause de blessures. Nous avons joué ce match (contre la Norvège, ndlr) dans des conditions particulières, avec la finale de la Ligue des champions qui a mis du stress chez certains de nos joueurs et avec les Norvégiens qui ont joué deux matchs de préparation. Et puis, ce qui est arrivé est arrivé…», a-t-il déclaré.
Une Fédération distante, une atmosphère glaciale
Ce qui frappe également, c’est le fossé grandissant entre Spalletti et la Fédération. L’absence remarquée de représentants de la FIGC à sa dernière conférence de presse est révélatrice d’un climat délétère.
Avec une pointe d’ironie et de résignation, le technicien n’a pas caché son étonnement face à ce silence institutionnel.
«Je vais à la conférence de presse car je devais m’y rendre avant le match. Si un représentant de la Fédération avait voulu m’accompagner, il aurait pu… Mais tout s’est fait dans l’amitié et la transparence. Pourquoi mentirions-nous encore deux jours ? Je ne vois pas pourquoi… Est-ce une question de respect envers les Italiens de ne rien dire ? Aurait-ce été la bonne façon de procéder ? Je ne sais pas. La Fédération a toujours assumé ses responsabilités. J’aurais continué avec ces joueurs, comme je l’ai dit après la défaite contre la Norvège. Parfois, je m’énerve et je me rebelle, mais j’ai fait mon chemin et mon histoire ici. Je ne suis pas quelqu’un qui fait des bêtises, comme certains le disent, mais je défends la cause. Cette fois, j’ai fait des erreurs, mais je ne sais pas lesquelles. J’ai cru en ces joueurs que j’ai choisis et je continue à croire en eux», a-t-il poursuivi.
Un dernier combat pour l’honneur
Au-delà des controverses, l’enjeu sportif reste primordial. Ce match contre la Moldavie est une question de survie : une victoire est indispensable pour espérer encore décrocher la qualification pour le Mondial 2026.
Pour Spalletti, malgré l’annonce de son départ, c’est une ultime mission qu’il entend mener avec sérieux et détermination.
«Je suis absolument convaincu que l’Italie ira à la Coupe du monde. Je n’ai pas démissionné, mais comme je respecte ceux qui m’ont choisi, je signerai la résolution. L’argent n’est pas un problème avec l’équipe nationale, c’est comme ça : on part et c’est tout. Avec les clubs, c’est différent, et à l’Inter, je ne les ai pas quittés à cause d’événements. Je vous laisse l’argent et je signerai la résolution. Chacun donne ensuite l’avantage qu’il veut, mais c’est le problème. J’ai une excellente relation avec Gravina, vu son comportement avec moi. Il hésitait à continuer avec moi et c’était bien qu’il me l’ait dit. Je l’ai rendu public, car ce n’était pas bien de le cacher pendant deux jours. Aujourd’hui, je serai encore plus parfait dans la préparation du match et dans mes échanges avec l’équipe. Et les joueurs feront tout leur possible pour que je reparte avec une belle victoire. Je n’ai jamais rien dit contre eux», a-t-il ajouté.
Vers un nouveau chapitre… ou un avertissement
Dans l’ombre du départ officiel, les spéculations vont bon train sur son successeur. Claudio Ranieri, l’homme à la solide expérience, paraît tenir la corde, tandis que Stefano Pioli attend son heure. Spalletti, fidèle à son franc-parler, ne s’est pas caché pour commenter ces rumeurs, tout en affichant un certain agacement.
«Je ne sais pas ce que je vais faire, c’est tout. Je dois travailler à ma façon. Je ne ferai qu’une chose : soutenir celui qui me succédera. Reprenez ce que j’ai dit à propos de Mancini, de la solide équipe nationale que j’ai héritée de lui. J’espère que celui qui me succèdera fera bien mieux que moi et ira à la Coupe du monde. Si j’étais resté, c’est parce que je pensais y aller. Il y a eu un mauvais résultat en Norvège, mais j’aurais eu largement le temps de me rattraper ou de le faire en barrages. Ranieri l’homme qu’il faut ? Je ne sais pas, mais c’est un professionnel qui a parcouru le monde, il est équilibré et, avec la Roma comme remplaçant, il a su trouver le bon équilibre avec les joueurs. La Fédération choisira la bonne personne. Je ne suis pas comme beaucoup d’autres, je vous l’assure, je le soutiendrai», a-t-il conclu.