Loin de l’euphorie de 2018 et du sommet atteint avec les Bleus, Samuel Umtiti a levé le voile sur les années les plus sombres de sa carrière. Retraité depuis septembre dernier, l’ancien défenseur du FC Barcelone a livré un témoignage bouleversant dans Génération After sur RMC, où il revient sur les blessures, les incompréhensions et les douleurs psychologiques qui ont failli l’emporter.
Champion du monde et buteur décisif en demi-finale contre la Belgique, Umtiti pensait s’inscrire dans la durée au sommet. Mais pour participer au Mondial, il avait accepté une injection dans son genou : une solution de court terme… qui allait déclencher un long cauchemar.
«Après la Coupe du monde, je voulais prendre le temps de comprendre exactement ce qui n’allait pas et de prendre les bonnes décisions concernant mon traitement. Nous n’étions pas entièrement d’accord avec le club [Barcelone], alors j’ai décidé d’explorer d’autres options, de consulter des spécialistes pour recueillir leurs avis. La plupart m’ont dit que je n’avais pas besoin d’opération. Finalement, Barcelone a respecté ma décision, ce que je souhaitais», raconte-t-il.
Une fracture avec Barcelone
En quatre saisons, Umtiti ne joue que 50 matchs. Une statistique qui alimente les reproches et les commentaires acerbes, parfois injustes. L’ancien coéquipier de Lionel Messi raconte une rupture silencieuse avec le club : «Je pense que certaines choses se sont passées en coulisses et n’ont pas été appréciées, même si j’ai un immense respect pour toutes les personnes impliquées. Le fait que je ne fasse pas ma rééducation avec vous ne signifie pas que je ne me soucie pas de vous. Non, j’ai simplement décidé de faire autre chose car ce que vous proposiez n’a pas fonctionné. Mais finalement, à partir de ce moment-là, je pense que la fracture s’est créée et les gens ont commencé à parler, à dire des choses qui n’étaient pas tout à fait vraies, à me reprocher tout. Le plus important pour moi était de revenir».
«Je ne sortais même plus de chez moi»
Plus que le genou, c’est la tête qui craque. Samuel Umtiti confesse avoir traversé l’une des périodes les plus difficiles de sa vie : «Avec le recul, je sais que cela m’a beaucoup affecté mentalement, peut-être à cause des épisodes de dépression. Il s’est passé tellement de choses… Je ne sortais même plus de chez moi», confie-t-il.
Sur les réseaux sociaux, on lui reproche son silence. Une erreur d’interprétation, explique-t-il : «Les gens n’étaient au courant de rien. Ils pensaient : “S’il ne publie rien sur les réseaux sociaux, c’est qu’il ne fait rien.” Mais je travaillais d’arrache-pied, je faisais deux ou trois entraînements par jour, j’avais un stage de préparation… C’était incroyable ce que je faisais, je n’avais pratiquement plus de vie, je ne voyais plus mes amis»
Un combat total
Décidé à revenir, Umtiti change tout. Son quotidien, son corps, son alimentation. Il lit, se documente, expérimente. Jusqu’à adopter un régime radical pour diminuer l’inflammation.
«Quand je lisais tout ce qui sortait dans la presse, je me disais : “Comment peuvent-ils penser ça de moi ? Je ne suis pas comme ça, l’argent ne me motive pas.” Je voulais juste jouer au football. J’ai décidé d’aborder les choses différemment, mais j’ai suivi les conseils qu’on m’a donnés, car je ne suis pas médecin. J’ai lu des livres sur mon problème, j’ai arrêté de manger de la viande et du poisson, et j’ai suivi un régime alimentaire incroyable qui a contribué à réduire l’inflammation. C’était tellement grave que j’ai dû changer mon alimentation. Certaines personnes n’ont pas fait ce qu’il fallait, et à mon avis, un professionnel ne peut pas être aussi incompétent.», déplore-t-il.
À 30 ans, Samuel Umtiti a décidé de mettre un terme à une carrière brisée trop tôt, mais dont il refuse d’effacer les plus beaux souvenirs. Aujourd’hui, il regarde en arrière sans haine : «J’ai travaillé dur et je ne garde aucune rancune envers qui que ce soit. Je suis en paix avec tout cela.»