Un an après son arrivée à Manchester United, Leny Yoro s’exprime sans détour. Malgré une première saison compliquée marquée par une blessure et des turbulences au sein du club, le défenseur français de 19 ans affirme n’avoir aucun regret concernant son choix — celui de rejoindre les Red Devils plutôt que le Real Madrid.
À l’été 2024, Yoro aurait pu revêtir le maillot du Real Madrid, tout juste auréolé d’un nouveau doublé Liga–Ligue des champions. Mais le jeune défenseur a préféré un défi plus risqué : signer à Manchester United pour 52 millions de livres sterling. Le club anglais sortait alors d’une saison catastrophique, ponctuée par une défaite en finale de Ligue Europa face à Tottenham et une 15ᵉ place en Premier League.
«Même la saison dernière, je n’ai jamais eu ce sentiment de regret ou quelque chose de ce genre.», confie-t-il à Carrington, avant le déplacement de United à Tottenham ce week-end. «Je connais Manchester United. Je sais qu’il peut arriver de connaître une mauvaise saison, mais ce club est un club de haut niveau, il ne faut donc pas en douter. Je connaissais le projet avant de venir. Bien sûr, je ne peux pas m’attendre à ce que la première année se termine à la 15e place. Mais j’ai confiance en ce club. Il y a des choix que l’on doit faire dans sa carrière. J’ai joué dans de nombreux clubs, pas seulement à Madrid ou à Manchester United. Je sais que certaines personnes en ont parlé l’année dernière à cause des résultats. Je peux les comprendre, mais honnêtement, c’est mon choix, ma carrière. Je sais ce que je fais. Aujourd’hui, mon choix est Manchester, donc j’en suis vraiment content.»
Une première année marquée par la douleur
La trajectoire de Yoro aurait pu être toute autre. Son deuxième match de pré-saison contre Arsenal à Los Angeles a tourné au cauchemar : fracture du métatarsien, opération et plusieurs mois d’absence. Pendant ce temps, le club décidait de se séparer d’Erik ten Hag, remplacé par Ruben Amorim en octobre.
«Je pense que tout le monde sait que la saison dernière a été particulièrement riche en émotions. Pas seulement pour l’entraîneur, mais pour tout le monde», raconte Yoro. «Honnêtement, c’était difficile pour nous. Parfois, il fallait affronter les matchs, les entraînements. Du coup, tout le monde était ému, pour être honnête. Je pense que cette année est différente. Nous n’avons pas la Ligue des champions, mais si on peut voir le bon côté des choses, c’est que nous avons plus de temps pour nous entraîner, nous avons plus de liberté mentale. Tous les footballeurs savent que lorsqu’on gagne, on passe une semaine parfaite. Ce n’est pas aussi émouvant que l’année dernière, je dirais.»
Un pilier de la jeunesse mancunienne
Sous Amorim, Yoro a trouvé sa place. Solide, rapide et élégant balle au pied, il s’est imposé au cœur d’une défense rajeunie et cohérente. United reste sur une série prometteuse de trois victoires et un nul en quatre matchs.
Considéré comme «intouchable» par la direction, le jeune Français incarne la nouvelle ère du club aux côtés de Kobbie Mainoo et Amad Diallo. Avec eux, Yoro partage bien plus qu’un vestiaire : «Quand je suis arrivé ici, c’était quelqu’un avec qui j’étais tout le temps. C’est un type formidable. Nous passons les vacances ensemble. C’est important pour nous d’avoir ce genre de relation. Je reste plus souvent avec Kobbie, ainsi qu’avec Amad (Diallo), qui parle français. (Bryan) Mbeumo, Patrick Dorgu, Ayden (Heaven), les jeunes. Mais j’entretiens de bonnes relations avec tout le monde. Ce qui est bien, c’est qu’il n’y a pas de groupe d’amis au sein de l’équipe. Il n’y a qu’un seul groupe d’amis.»
Yoro rit en se souvenant de la fameuse célébration d’Amad et Mbeumo face à Brighton : «Le caractère est primordial pour l’ambiance de l’équipe. Je pense que c’est ce qu’il y a de mieux pour l’équipe, afin d’éviter les drames et autres problèmes de ce genre. On ne peut pas construire quelque chose avec une mauvaise énergie, une mauvaise ambiance ou de mauvaises personnalités. Je pense que le club s’en sort bien en ne retenant que des personnes capables d’apporter de bonnes choses à l’équipe.»
Une famille restée à Lille
Derrière la maturité du joueur se cache un jeune homme attaché à ses racines. Né en région parisienne, Yoro a grandi à Lille avec sa mère, Flore Baugnies, et ses trois petits frères, Romeo, Eden et Esteban. «Quand j’ai signé ici, j’ai voulu qu’ils restent à Croix. Je ne voulais pas les déraciner. Je préfère qu’ils construisent leur propre parcours, sans que mon nom pèse sur eux», explique-t-il.
Sa famille lui rend souvent visite en Angleterre, traversant la Manche en voiture et ferry — un périple de neuf heures. Et s’il s’appelle Leny, ce n’est pas en hommage à Lenny Kravitz, précise-t-il en riant : «Ma mère aime Lenny Kravitz, mais ce n’est pas pour ça qu’elle a choisi ce prénom ! C’est juste une histoire pour les médias.»
Un rôle clé dans le système d’Amorim
Yoro dit apprécier la liberté que lui donne le système à trois défenseurs de Ruben Amorim : «C’est un rôle où je peux anticiper, relancer, et aider sur les coups de pied arrêtés, qui sont décisifs aujourd’hui. On le voit avec Arsenal : ils gagnent beaucoup grâce à ça. On travaille énormément dessus.»
Alors que United se prépare à affronter Tottenham, sixième du classement, le jeune Français voit ce match comme un test symbolique : «Tout le monde se souvient de la finale de l’an dernier. Ce match est l’occasion de montrer qu’il aurait pu avoir une autre issue. Quand on est à Manchester United, on doit viser le sommet et rejouer la Ligue des champions. C’est notre objectif à tous.»