L’aventure italienne d’Emerson Royal n’aura duré qu’un an, mais elle aura laissé une marque profonde sur l’international brésilien. Dans une longue interview accordée à La Gazzetta dello Sport, le latéral droit, transféré à l’été 2024 de Tottenham à l’AC Milan pour 16 millions d’euros avant de rejoindre Flamengo un an plus tard, s’est livré sans détour sur une période «mentalement très lourde». Entre critiques injustes, pression médiatique et bienveillance des entraîneurs Paulo Fonseca et Sérgio Conceição, Emerson lève le voile sur un passage qui n’a jamais vraiment démarré.
Dès son arrivée en Italie, Emerson confie avoir ressenti une atmosphère étrange, presque hostile. Loin de l’enthousiasme habituel réservé aux recrues d’un club historique comme l’AC Milan, il dit avoir été immédiatement la cible de critiques disproportionnées.
«Dès mon arrivée en Italie, j’ai eu un sentiment étrange. Dès le début, à chaque fois que je disais ou faisais quelque chose, on parlait davantage de moi que de Cristiano Ronaldo… mais en mal. J’avais l’impression de devoir toujours en faire deux fois plus pour être accepté, et même ainsi, je ne l’étais pas», a-t-il déploré.
L’un des moments qui l’a le plus marqué reste la diffusion virale d’une vidéo où des supporters de Tottenham le tournaient en dérision en scandant : «Il ne sait pas défendre, il ne sait pas chanter».
Beaucoup ont cru qu’il s’agissait d’une scène réalisée à son arrivée à San Siro, mais Emerson met les choses au clair : «La vidéo avait été manipulée pour paraître récente, datant de mon arrivée à l’AC Milan, mais c’était une ancienne vidéo. Elle concernait une période difficile que j’ai traversée avec [Antonio] Conte. Les supporters commentent tout, c’est normal, mais quand j’ai décidé de quitter Tottenham, le club a essayé de me retenir car j’avais beaucoup progressé. Et j’ai fini par avoir d’excellentes relations avec tout le monde», a-t-il déclaré.
Pour le Brésilien, le plus dur n’était pas la critique elle-même, mais son impact sur son entourage. «Je ne suis pas du genre à me laisser abattre facilement, car je connais ma valeur, mais ce n’est pas agréable d’arriver et de ressentir cette vague de haine avant même d’avoir foulé le terrain et joué une seule minute. J’ai une famille et des amis, et ce sont eux qui souffrent le plus. Ce n’était certainement pas une situation plaisante. On n’a jamais envie d’entendre ça quand on essaie de faire son travail du mieux possible, quel qu’il soit», a-t-il ajouté.
Fonseca et Conceição : deux coachs, une même attitude de soutien
Contrairement à ce que certains ont supposé, Emerson insiste : son faible temps de jeu (26 matchs) n’a rien à voir avec Paulo Fonseca ou Sérgio Conceição. «J’ai toujours ressenti le soutien du club et de mes coéquipiers, et j’ai même gagné une place de titulaire à l’AC Milan. Le problème était ailleurs. En Italie, la presse a une influence énorme, et je n’en avais même pas conscience. Ce qui se dit de l’extérieur a un impact considérable et immédiat», a-t-il déclaré.
Il assure n’avoir perçu aucune différence entre les deux entraîneurs portugais : «J’ai joué avec Fonseca comme avec Conceição. Ma blessure m’a freiné et, à mon retour, il restait seulement deux matchs. Sérgio m’a dit que je serais important et titulaire. Et c’était vrai : tant que j’étais disponible, il comptait sur moi.»
Pourquoi avoir quitté l’AC Milan ? Emerson explique son choix
Le départ du joueur vers Flamengo, pour neuf millions d’euros, résulte d’une décision mûrie, assumée et initiée par lui-même. «Tout a commencé avec moi et ma demande. J’en ai parlé à ma famille et à mon agent, et l’idée de partir était déjà devenue une priorité. Je ne pouvais plus continuer comme ça. La même chose m’était arrivée à Tottenham, mais là-bas, j’avais réussi à changer d’avis. On arrive, les gens parlent, et après, ils ne veulent plus qu’on parte.»
L’idée de rester pour faire ses preuves — comme il l’avait fait à Londres — ne semblait plus réaliste. «C’est toujours une question de temps et d’adaptation. Au début, je pensais faire la même chose à l’AC Milan, c’est-à-dire rester et faire mes preuves, mais après ma blessure et les mois d’absence, ce sentiment s’est renforcé. Et quand j’ai réalisé que ma relation avec le club était devenue fragile, j’ai conclu que rester ne serait pas le bon choix».