Cinq ans après avoir quitté le banc du Real Madrid, Zinedine Zidane retrouve enfin un poste qu’il convoitait depuis longtemps : celui de sélectionneur de l’équipe de France. Une nomination qui marque une nouvelle étape dans la carrière de l’ancien Ballon d’Or 1998, mais qui remet également en lumière la personnalité d’un homme toujours très discret malgré une immense notoriété.
Depuis son départ du Real Madrid en 2021, Zidane avait choisi de patienter. L’ancien numéro 10 des Bleus aurait notamment décliné plusieurs propositions afin de rester disponible dans l’attente du poste de sélectionneur de l’équipe de France, finalement libéré après la Coupe du monde 2026. Cette longue période sans entraîner a aussi permis à Zinedine Zidane de poursuivre ses activités en dehors du football. Dans un entretien accordé à L’Équipe, le sociologue Stéphane Beaud, auteur d’un essai consacré à l’ancienne star française, s’est intéressé à cette facette du personnage.
Zidane et l’argent de sa notoriété
Pour Stéphane Beaud, il n’est pas évident de trouver des défauts à une personnalité aussi populaire que Zidane. Le sociologue estime néanmoins que son immense notoriété lui a permis de développer une importante activité commerciale. «Ce n’est pas facile. Il faut plutôt aller chercher ses défauts, sans tomber non plus dans le portrait à charge. On pourrait dire qu’il a profité de sa notoriété pour devenir ce qu’un Christophe Alévêque appelle un panneau publicitaire. Mais c’est assez classique quand on vient d’un milieu social comme le sien, de vouloir en tirer de l’argent. Pourquoi lui reprocher ?», explique le sociologue.
«En fait, il y a deux Zidane»
Le sociologue s’est également intéressé à une autre dimension essentielle de la personnalité de Zidane : son rapport à ses origines et à son identité. Longtemps, le champion du monde 1998 a été interrogé sur son appartenance française et algérienne. Une question à laquelle il avait répondu avec une formule devenue célèbre. «Longtemps, on n’a cessé de lui coller cette question. Est-ce qu’il se sent français ? Est-ce qu’il se sent algérien ? Il avait trouvé une belle pirouette, en disant : « Moi je suis marseillais. » Et c’est essentiel. Il est né en France, il a un accent marseillais à couper au couteau. À Marseille, les « bourgeois » n’ont pas d’accent. L’accent marseillais, c’est un accent populaire», analyse Stéphane Beaud.
«Le personnage m’a toujours intrigué»
Stéphane Beaud explique également pourquoi Zidane est devenu un objet d’étude particulièrement intéressant pour lui. «Zidane est à l’intersection de deux de mes préoccupations de chercheur. À la fois l’histoire et la sociologie des enfants d’immigrés, notamment maghrébins, et d’autre part, la sociologie du football. J’avais commencé à effleurer le sujet il y a quelques années (Stéphane Beaud est notamment l’auteur de Traîtres à la nation ?) et il y a un an, je me suis dit : « Tiens, si je faisais un petit livre sur Zidane »», explique-t-il. Et si Zidane l’intéresse autant, c’est notamment en raison du contraste entre son image publique et sa personnalité privée. «Le personnage m’a toujours intrigué. Il avait sans doute des choses à dire mais pendant très longtemps il s’est bridé lui-même. Il n’était pas très à l’aise à l’oral, il avait une sorte de complexe culturel. Il était taiseux comme on dit. Mais à travers différentes prises de parole, notamment dans le documentaire réalisé pendant la Coupe du monde 1998 Les Yeux dans les Bleus(Stéphane Meunier), on le voit un peu au naturel. En fait, il y a deux Zidane : le public, longtemps introverti, qui faisait un peu fuir les journalistes. Et le privé, chambreur, rigolard, apparemment très sympa. Donc ces deux personnages qui apparaissent disjoints, il me semblait intéressant de les rassembler dans une perspective sociologique», poursuit Beaud.


