Nommé nouveau sélectionneur de l’équipe de France, Zinédine Zidane s’apprête à retrouver les Bleus cinq ans après son départ du Real Madrid. Une nomination très attendue, tant l’ancien numéro 10 conserve une place particulière dans le cœur des Français. Vingt ans après avoir raccroché les crampons, le champion du monde 1998 continue de bénéficier d’une popularité exceptionnelle.
Pour Stéphane Beaud, sociologue qui a consacré une étude au parcours de Zidane, cette aura dépasse largement les performances sportives. Et même si Kylian Mbappé possède des qualités footballistiques comparables, il estime que le capitaine des Bleus ne pourra probablement jamais susciter le même consensus.
Zidane, une personnalité qui fascine toujours
Ballon d’Or en 1998 et héros de la finale du Mondial remportée contre le Brésil, Zidane est devenu bien plus qu’une ancienne star du football. Ses rares apparitions médiatiques continuent d’être particulièrement suivies, tandis que son retour à la tête des Bleus devrait encore renforcer cette popularité. Stéphane Beaud s’est intéressé à la construction de cette image et aux différentes facettes de l’ancien joueur. «Zidane est à l’intersection de deux de mes préoccupations de chercheur. À la fois l’histoire et la sociologie des enfants d’immigrés, notamment maghrébins, et d’autre part, la sociologie du football. Le personnage m’a toujours intrigué. Il avait sans doute des choses à dire mais pendant très longtemps il s’est bridé lui-même. Il n’était pas très à l’aise à l’oral, il avait une sorte de complexe culturel. Il était taiseux comme on dit.», a-t-il déclaré.
Le sociologue estime pourtant que cette réserve ne correspond pas totalement à l’homme que Zidane pouvait être dans sa vie privée. «Mais à travers différentes prises de parole, notamment dans le documentaire réalisé pendant la Coupe du monde 1998 Les Yeux dans les Bleus(Stéphane Meunier), on le voit un peu au naturel. En fait, il y a deux Zidane : le public, longtemps introverti, qui faisait un peu fuir les journalistes. Et le privé, chambreur, rigolard, apparemment très sympa. Donc ces deux personnages qui apparaissent disjoints, il me semblait intéressant de les rassembler dans une perspective sociologique», explique-t-il à L’Équipe.
Une ascension loin du phénomène précoce
Pour Stéphane Beaud, le parcours de Zidane est également remarquable parce que le Français n’a pas été considéré comme une superstar dès son adolescence. «Pendant toute sa jeunesse, surtout entre 15 et 20 ans, Zidane n’a pas connu de sorties. Il n’a pas connu de vie adolescente comme on l’entend aujourd’hui. Il était entièrement focus sur le football et guidé par son obsession de réussir. D’un point de vue sociologique, c’est évident que, pour comprendre, Zidane, ce n’est pas Maradona, Pelé ou Mbappé. Il n’est pas à 15 ans repéré et voulu par tout le monde, il est un bon joueur comme il y en a beaucoup. Ce qui est fascinant chez lui, c’est comment il a franchi chaque année des paliers, à la fois physique et footballistique.», poursuit-il.
Mbappé presque au même niveau sportivement
La comparaison avec Kylian Mbappé est forcément inévitable. Depuis une dizaine d’années, l’attaquant français s’est lui aussi imposé comme l’une des plus grandes stars du football mondial. Stéphane Beaud reconnaît d’ailleurs que le niveau sportif de Mbappé est extrêmement proche de celui de Zidane. «Il incarne un idéal je pense. Ce n’est pas un hasard s’il a été élu plusieurs années d’affilée personnalité préférée des Français. Il y a à la fois, bien évidemment, Zidane, c’est « Zidane président ». Ce sont les deux buts inscrits en finale de la Coupe du monde en 1998, un événement majeur pour la société française. Parallèlement, il y a l’aspect personnalité. C’est quelqu’un qui a toujours montré une très grande modestie avec des valeurs : travail, respect, humilité. Si on compare aujourd’hui avec Mbappé, sportivement, il est quasiment aussi bon que Zidane. Or, Mbappé aujourd’hui, il ne fait pas consensus parce qu’il a eu le culot de prendre la parole politiquement en mai dernier. Dans le contexte actuel, il n’aura pas la même aura que Zidane», conclut Stéphane Beaud.


