La crise prend une tournure explosive. Neuf jours après la décision polémique de la Confédération africaine de football de retirer au Sénégal son titre de champion d’Afrique, la Fédération Sénégalaise de Football est sortie du silence… avec une virulence rarement vue dans le football africain.
Ce jeudi matin, à Dakar, le président de la FSF, Abdoulaye Fall, n’a pas mâché ses mots. Face aux médias, il a dénoncé ce qu’il considère comme une injustice majeure : «L’heure est grave. Face à ce qui s’apparente au braquage administratif le plus grossier de l’histoire, la Fédération sénégalaise de football ne compte pas se laisser faire (…) Il s’agit de défendre nos joueurs spoliés de leur victoire sur le terrain, l’intérêt du football africain et de nos prisonniers victimes d’un chantage diplomatique injustifiable.»
Présent à ses côtés, l’avocat Seydou Diagne a enfoncé le clou avec des mots particulièrement durs à l’encontre de l’instance africaine : «La décision du jury d’appel ne peut même pas considérer cela comme une vraie décision de justice sportive, tellement elle est grossière, absurde, irrationnelle. C’est une atteinte inadmissible et intolérable aux droits fondamentaux de notre fédération de football. Je ne vais pas vous raconter cette pièce de théâtre que nous avons vécu le 17 mars dernier car je sais que vous n’allez pas me croire.»
Une attaque frontale contre le Maroc
Au cœur des accusations : une influence présumée du Maroc dans cette affaire. Maître Diagne n’a pas hésité à parler d’un précédent extrêmement dangereux : «Jusqu’au moment où je vous adresse à vous, 9 jours sont passés, et la présidente de la juridiction n’a pas levé la séance. (…) Voilà comment les droits de notre fédération ont été violés. C’est un attentat au football, c’est un attentat à la discipline sportive. Remettre en cause l’intangibilité de la décision arbitrale, violer de façon aussi effrontée les lois 5 et 6 du jeu. C’est s’attaquer à la discipline. Ce que le Maroc a fait faire à la CAF.»
Il poursuit par des mots forts : «Que ce soit par surprise, malice ou autre procédé. Si le monde du football et le TAS laissent faire cette situation, le vainqueur de la prochaine Coupe du monde pourrait se décider également dans les grands cabinets d’avocats. Former de grands avocats pour avoir des étoiles sur le maillot. C’est ça le sens de la décision. (…) Je trouve gênant de faire une demande pour récupérer un titre deux mois après. Il n’y a aucune décision de la CAF de restituer les médailles et le trophée acquis sur le terrain. Ça n’existe pas.»
Autre moment fort de cette conférence : l’intervention de Pierre-Olivier Sur. L’avocat a laissé entendre que des soupçons de corruption pourraient être explorés : «Ce que veulent nos adversaires, c’est une médaille empoisonnée. Notre rôle est de trouver les causes et raisons de ce poison. On ne sait pas encore s’il y a eu de la corruption mais on y travaille. C’est quelque chose qui ne nous va pas, qui semble pourri. S’il y en a, on appelle cela du pénal dans notre métier. Il faut mettre en œuvre les investigations nécessaires pour trouver, on y travaille en ce moment»