Après avoir réussi à faire reculer Gianni Infantino sur son projet controversé de réforme économique, l’UEFA a décidé de passer à une nouvelle étape. L’instance européenne menace désormais directement la FIFA sur le terrain judiciaire, transformant un simple bras de fer politique en une crise majeure de gouvernance du football mondial.
Ce qui devait être présenté comme une grande révolution financière pour la FIFA est devenu l’un des dossiers les plus sensibles du mandat de Gianni Infantino. Le projet baptisé FIFA Forward Enterprise (FFE), destiné à regrouper les droits marketing, audiovisuels, de sponsoring et de billetterie des grandes compétitions de la FIFA, prévoyait l’ouverture du capital à des investisseurs privés pour une valorisation estimée à près de 20 milliards de dollars.
En contrepartie, les 211 fédérations membres de la FIFA devaient bénéficier d’un financement inédit pouvant atteindre 40 millions de dollars chacune sur plusieurs années. Mais cette annonce a rapidement provoqué une vague de contestations. Plusieurs acteurs du football mondial ont dénoncé une possible «privatisation déguisée» de la Coupe du Monde et des principales compétitions internationales. Les soupçons autour de l’implication d’acteurs financiers comme JP Morgan, Thrive Eternal ou encore de proches de la famille Trump ont également renforcé les critiques. Des accusations de manque de transparence, de conflits d’intérêts et de gouvernance opaque ont progressivement fragilisé la position de Gianni Infantino.
L’UEFA mène la fronde contre la FIFA
Face à cette situation, l’UEFA a été la première grande institution à monter au créneau. L’organisation dirigée par Aleksander Čeferin a considéré ce projet comme une limite à ne pas franchir et a estimé que le football ne pouvait pas devenir un simple produit financier. Rapidement, plusieurs organisations ont rejoint cette opposition, notamment la CONCACAF, la Confédération asiatique, la FIFPRO Europe, l’Association européenne des clubs, la Fédération anglaise, plusieurs gouvernements ainsi que des représentants européens. Des figures du football comme Javier Tebas ou encore le Real Madrid ont également exprimé leurs inquiétudes.
La contestation était telle que des menaces de boycott des compétitions de la FIFA ont été évoquées. Plusieurs fédérations nationales auraient même envisagé de revoir leur soutien à Gianni Infantino avant l’élection présidentielle de 2027. Sous cette pression massive, la FIFA a finalement abandonné son projet FIFA Forward Enterprise. Une décision qui a été perçue comme un recul stratégique du président de l’instance mondiale. Mais pour l’UEFA, cette décision ne règle pas le problème. L’organisation européenne estime que cette affaire révèle des questions plus profondes sur la gouvernance actuelle de la FIFA.
La menace judiciaire de l’UEFA contre Gianni Infantino
Selon les informations du Telegraph, l’UEFA a franchi une nouvelle étape en envoyant une lettre officielle particulièrement ferme à la FIFA. L’instance européenne annonce envisager des actions judiciaires concernant le projet abandonné. Dans cette lettre, l’UEFA affirme qu’elle «envisage activement d’engager des actions en justice, un arbitrage et/ou des plaintes réglementaires découlant de et en lien avec le projet FFE proposé par la FIFA».
L’organisation demande également à Gianni Infantino et à son administration de préserver tous les documents liés au dossier. «Vous et la FIFA êtes tenus de prendre immédiatement des mesures pour identifier, localiser et conserver tous les documents et toutes les informations stockées électroniquement décrits dans la présente notification qui sont en votre possession, sous votre garde ou sous votre contrôle», écrit l’UEFA.
Elle précise que ces obligations «naissent indépendamment de toute politique de rétention interne que vous ou votre organisation maintenez et prévalent sur toute politique de destruction ou de suppression de documents de routine qui s’appliquerait autrement». L’instance européenne rappelle également que le projet FFE a été «fermement condamné par l’UEFA, ainsi que par d’autres confédérations, associations membres de la FIFA et parties prenantes du football», qui l’ont jugé «fondamentalement incompatible avec la gouvernance appropriée du football».
Un avertissement très clair à la FIFA
Le passage le plus dur de la lettre concerne la conservation des preuves. L’UEFA met directement en garde la FIFA contre toute disparition volontaire ou accidentelle de documents importants. «Toute destruction, suppression, altération, dissimulation ou perte de matériels pertinents après réception de la présente notification ou après toute date antérieure à laquelle vous étiez, ou auriez raisonnablement dû être, conscient que des procédures étaient anticipées pourrait constituer une spoliation de preuves», prévient l’organisation européenne. L’UEFA ajoute qu’elle «se réserve tous les droits de rechercher des recours appropriés», évoquant «des sanctions, des frais et toutes les mesures pouvant être prises contre la ou les parties responsables».


