L’organisation de la Coupe du monde 2030 continue de susciter des tensions en coulisses. Ancien président de la Fédération royale espagnole de football (RFEF) entre 2018 et 2023, Luis Rubiales a livré une analyse très critique de l’évolution de la candidature Espagne-Portugal-Maroc, estimant que l’Espagne a perdu des garanties importantes depuis le départ du projet initial.
Dans un entretien accordé à Marca, l’ancien dirigeant espagnol a notamment dénoncé le rôle joué par Gianni Infantino et Pedro Sanchez, tout en affirmant que l’Espagne devrait se retirer si la finale du Mondial 2030 venait finalement à être attribuée au Maroc.
«Ce n’était pas une candidature ibérique, mais une candidature collective»
Luis Rubiales est revenu sur la genèse du projet, lancé en 2018 lors de la Coupe du monde en Russie. À l’époque, l’objectif était de réunir l’Espagne, le Portugal et le Maroc autour d’une candidature commune. «Cette candidature a été conçue en 2018, le jour où l’Espagne et le Portugal s’affrontaient en Coupe du Monde en Russie. Dès le départ, Fernando Gomes (président de la Fédération portugaise) et moi savions que les 55 votes de l’UEFA étaient insuffisants et qu’il nous faudrait inclure le Maroc. Il ne s’agissait donc pas d’une candidature ibérique, mais d’une candidature collective élaborée par les trois pays. Mais à un moment donné, le Maroc s’est retiré de la course. Pourquoi ? Parce qu’il y avait une pré-candidature européenne du Royaume-Uni et de l’Irlande. Et l’UEFA nous a clairement fait savoir que s’il y avait une candidature 100 % européenne et une autre qui ne l’était pas, elle ne nous soutiendrait pas», a expliqué l’ancien président de la RFEF.
Selon lui, le retrait temporaire du Maroc avait permis à l’Espagne et au Portugal d’obtenir des garanties importantes sur l’organisation des grandes affiches du tournoi. «Le Maroc est donc hors course et reviendra deux ou trois ans plus tard, lorsque la possibilité pour l’Espagne et le Portugal d’obtenir ces 55 votes de l’UEFA sera résolue. Et nous leur expliquons très clairement comment ils y parviennent : en sachant que l’Espagne accueillera le match d’ouverture, la finale, une demi-finale et un ou deux quarts de finale», a-t-il affirmé.
Rubiales accuse Pedro Sanchez d’avoir modifié le projet
L’ancien président de la RFEF estime que le projet initial aurait été bouleversé après l’intervention du président de la FIFA Gianni Infantino et du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. «Infantino et Pedro Sánchez se sont rencontrés pour annoncer que l’Espagne accueillerait la Coupe du Monde aux côtés du Portugal et du Maroc. Le Premier ministre a alors annoncé l’ajout de l’Uruguay, du Paraguay et de l’Argentine, ce que nous avions toujours refusé. L’Espagne avait déjà obtenu le soutien de l’Europe et de l’Afrique. Nous étions parvenus à convaincre l’Arabie saoudite de se retirer et à obtenir celui de l’Asie.», a-t-il déclaré. Pour Rubiales, cette décision aurait affaibli la position espagnole dans les négociations. «Pedro Sánchez, avide de reconnaissance, a cédé en échange de la reconnaissance officielle et de l’annonce de l’organisation de la Coupe du Monde par l’Espagne. Il a même abandonné l’idée d’une cérémonie d’ouverture en Espagne.», a-t-il poursuivi.
«Il y avait un accord pour que la finale soit au Bernabéu»
L’ancien patron du football espagnol affirme qu’un accord existait pourtant pour organiser la finale au Santiago Bernabéu. «Avec mon départ de la Fédération et celui de Gomes de la Fédération portugaise, et profitant du manque de confiance de l’Espagne dans cette candidature, Pedro Sánchez a abandonné le plan initial au profit d’un plan complètement différent. Dans cette situation, sans aucun des deux présidents européens au sein de nos fédérations, le Maroc a commencé à faire pression. Pourquoi ? Parce que Sánchez a annoncé quelque chose de totalement différent, sans cérémonie d’ouverture en Espagne, mais aussi sans avoir finalisé le lieu de la finale. Et il faut que les gens le sachent : il y avait un accord pour que la finale se déroule au Santiago Bernabéu», a-t-il expliqué.
«L’Espagne a déjà perdu son match d’ouverture»
Luis Rubiales considère que l’Espagne a déjà perdu une partie importante de son influence dans l’organisation du tournoi. «Perdre le match d’ouverture est une perte irréparable. Et cela est dû à la gestion d’Infantino et à la précieuse collaboration d’une personne qui n’avait aucune information, aucune connaissance, mais une grande soif de reconnaissance : le Premier ministre, Pedro Sanchez», a-t-il lancé. L’ancien dirigeant fait également référence aux tensions géopolitiques récentes et aux débats autour de la place du Maroc dans l’organisation du Mondial. «Je ne peux pas dire si elle est en danger ou non, car je n’en sais rien, mais ce qui est certain, c’est que la question est débattue. Et cela survient après que Pedro Sánchez a annoncé une Coupe du Monde incluant trois pays d’Amérique latine. Puis, le même jour, la candidature pour 2034 est finalement attribuée à l’Arabie saoudite, qui se retire suite au retrait de l’Australie. De quoi donner à réfléchir, n’est-ce pas ?», a-t-il reconnu.
«Si l’Espagne n’obtient pas la finale, elle doit partir»
Très critique, Rubiales estime que l’Espagne ne devrait pas accepter de perdre la finale au profit d’un autre pays. «Bien sûr, cela ne devrait pas continuer. L’Espagne est le moteur de ce projet. En football, elle dispose des meilleures compétitions, elle a l’équipe nationale qui vient de remporter la Coupe du monde…», a-t-il déclaré. Avant de conclure avec un message très clair : «Avec tout le respect que nous devons au Portugal, que nous aimons, et bien sûr aussi au Maroc, l’Espagne n’accueillera plus le match d’ouverture à cause de Pedro Sánchez et d’Infantino. Et si elle n’obtient pas la finale, elle ne peut pas rester une minute de plus dans la course à l’organisation de la Coupe du monde 2030», a affirmé Luis Rubiales.


