Gianni Infantino se retrouve au centre d’une bataille qui dépasse désormais largement les frontières de la FIFA. Alors que plusieurs grandes instances du football mondial contestent sa gouvernance et réclament davantage de transparence après l’abandon du projet FIFA Forward Enterprise, le président de la FIFA vient de recevoir un soutien de poids : celui de Donald Trump.
Le président des États-Unis a publiquement pris la défense du dirigeant italo-suisse, dont le départ est désormais réclamé par plusieurs responsables du football. Dans un message publié lundi sur sa plateforme Truth Social, Donald Trump a estimé que la FIFA commettrait «une terrible erreur» en envisageant de remplacer Gianni Infantino. «La FIFA commettrait une terrible erreur si, pour quelque raison que ce soit, elle envisageait de remplacer son président Gianni Infantino», a écrit le président américain.
Donald Trump encense Gianni Infantino
Donald Trump n’a pas seulement défendu le président de la FIFA. Il a également salué son bilan et notamment sa gestion de la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. «Il vient de présider à la Coupe du monde la plus réussie», a affirmé Trump, estimant que le départ d’Infantino aurait des conséquences négatives sur l’avenir de la compétition. Selon le président américain, si Gianni Infantino quittait ses fonctions, «la compétition ne serait plus jamais aussi réussie ni aussi rentable». La Coupe du monde 2026 aurait généré près de 15 milliards de dollars de recettes, faisant de cette édition la plus lucrative de l’histoire de la compétition.
Les relations entre Donald Trump et Gianni Infantino se sont également renforcées durant le Mondial. Le président américain avait notamment joué un rôle dans la décision permettant à Folarin Balogun de participer au huitième de finale des États-Unis face à la Belgique après la suspension de sa sanction disciplinaire. Infantino avait par ailleurs créé le «Prix FIFA pour la paix», remis à Donald Trump en décembre. Une distinction qui avait fait parler, alors que le président américain avait régulièrement affiché son ambition de recevoir le prix Nobel de la paix.
Le projet qui a déclenché la tempête
Derrière cette nouvelle polémique se trouve le projet FIFA Forward Enterprise, imaginé pour permettre à la FIFA d’attirer des capitaux privés. L’instance mondiale envisageait de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars en cédant à des investisseurs une participation pouvant atteindre 20 % dans une nouvelle structure destinée à gérer certaines activités commerciales et événementielles. Le projet a finalement été abandonné après une importante levée de boucliers au sein du football mondial. Plusieurs observateurs avaient notamment pointé du doigt la présence potentielle du fonds Thrive Capital, fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.
Trois confédérations réclament des comptes
Alors que Donald Trump apporte son soutien à Infantino, la contestation prend une tout autre direction du côté de trois confédérations majeures. L’UEFA, la CONCACAF et l’AFC ont adressé une lettre ouverte à la famille du football dans laquelle elles réclament notamment un examen indépendant du projet FIFA Forward Enterprise. Alexander Ceferin, président de l’UEFA, Salman bin Ibrahim Al Khalifa, président de l’AFC, et Victor Montagliani, président de la CONCACAF, ont décidé d’unir leurs voix pour demander davantage de transparence. Pour les trois dirigeants, le problème ne se limite pas au projet commercial abandonné. Ils estiment que cette affaire révèle des difficultés plus profondes concernant la gouvernance de la FIFA.
«Le football n’appartient à aucun individu»
Dans leur lettre, les trois présidents mettent en garde contre une concentration excessive du pouvoir au sein de la FIFA. «La croissance observée au cours de la dernière décennie est bien réelle. Mais ces progrès ne sont jamais le fruit d’un seul individu. Ils sont le résultat du travail de la FIFA, des confédérations, des fédérations membres et des milliers de personnes qui ont consacré leur vie à ce sport. L’expansion des compétitions, l’attribution des Coupes du Monde 2030 et 2034, la répartition des ressources entre les fédérations… Ce sont là des réussites partagées, décidées et réalisées conjointement», écrivent-ils.
Les trois dirigeants insistent également sur le fait que leur opposition au projet FFE n’est pas motivée par des considérations financières. «Cela n’a rien à voir avec l’argent. Les confédérations ont déjà appelé à une répartition responsable des vastes réserves de la FIFA afin de renforcer les investissements dans le développement des fédérations membres. Cela n’a rien à voir non plus avec une perte de soutien pour les fédérations membres, malgré les discours alarmistes qui laissent entendre le contraire. Cela n’a rien à voir non plus avec un retour à l’expansion des compétitions, à l’attribution des Coupes du Monde, ni avec aucune autre décision prise collectivement.», ajoute-t-il.
Une «grave erreur de jugement»
Les présidents de l’UEFA, de la CONCACAF et de l’AFC reconnaissent que la FIFA a admis que des erreurs avaient été commises dans le processus. Mais ils refusent de considérer cette affaire comme un simple problème de communication. «La récente lettre de la FIFA à ses vice-présidents et aux 211 fédérations membres reconnaît que des erreurs ont été commises dans ce processus», soulignent-ils, avant de préciser que ces erreurs relèvent selon eux d’une véritable «erreur de jugement». Ils dénoncent notamment une proposition élaborée «dans des délais très courts, sans véritable consultation».
Plus sévères encore, les trois dirigeants estiment que le fonctionnement du projet aurait été conçu de manière à limiter les possibilités de contrôle. «C’est le résultat d’une stratégie visant à limiter les contrôles. Elle n’a pas permis de reconnaître que la proposition elle-même était fondamentalement viciée. On continue de nier que la tentative de vendre une participation dans la Coupe du Monde constituait une grave erreur de jugement – non pas une simple erreur de procédure, mais une rupture de confiance fondamentale envers les institutions mêmes que la FIFA est censée servir», dénoncent-ils.
Ils réclament un rapport réalisé par un tiers indépendant
La FIFA avait indiqué qu’un rapport complet sur les événements serait présenté au Conseil de la FIFA. Une réponse jugée insuffisante par les trois confédérations. Selon elles, une affaire d’une telle importance ne peut pas être examinée uniquement par les responsables directement impliqués dans le processus. «La FIFA s’est également engagée à présenter un rapport complet sur ces événements au Conseil de la FIFA, omettant une fois de plus de reconnaître qu’une gouvernance sérieuse, compte tenu d’une telle erreur de jugement, exigerait qu’un tel rapport soit préparé par un tiers totalement indépendant, et non par la FIFA elle-même, ses dirigeants ou toute autre partie prenante du football», écrivent-ils.
«La force du football a toujours résidé dans son unité»
Dans leur conclusion, Ceferin, Salman et Montagliani adoptent un ton particulièrement ferme. «Le silence règne là où la responsabilité devrait être engagée, la distance là où la transparence est de mise. Ce ne sont pas là les qualités que le football mérite de la part de ses dirigeants.» Les trois présidents assurent toutefois que leur démarche ne vise pas à affaiblir les institutions du football mondial, mais au contraire à défendre leur fonctionnement collectif. «C’est pourquoi nous avons adopté cette position : non pas à la légère ni seuls, mais ensemble, et par devoir envers le sport que nous servons. La force du football a toujours résidé dans son unité. Nous demandons que cette unité soit honorée, aujourd’hui, par une direction au service du football, et non par une volonté de le dominer», concluent-ils.
Javier Tebas réclame lui aussi le départ d’Infantino
La contestation ne vient pas uniquement des confédérations continentales. En Espagne, Javier Tebas a également haussé le ton contre Gianni Infantino. Dans un entretien accordé au Monde, le président de La Liga a appelé à un changement de direction à la FIFA. Pour Tebas, la controverse autour de FIFA Forward Enterprise n’est que «la partie émergée de l’iceberg». «Ce qui se passe ne me surprend pas. Ce qui me surprend, c’est la réaction de plusieurs personnes qui sont restées silencieuses pendant des années. Cet épisode n’est que la partie émergée de l’iceberg de ce qui se passe au sein de la FIFA, mais plus généralement dans le football, où il n’existe aucune véritable politique de gouvernance. Et le problème ne se limite pas à une seule personne, mais à tout un système», a-t-il déclaré.
Tebas accuse Infantino de fragiliser les championnats
Le dirigeant espagnol estime que les problèmes dépassent largement la personnalité d’Infantino et concernent le fonctionnement global de la FIFA. «L’ancien système peut perdurer, même avec d’autres personnes. Espérons que les choses changent réellement, qu’un nouveau président arrive et qu’une nouvelle gouvernance soit mise en place à la FIFA. Mais je ne crois pas certains responsables qui affirment encore aujourd’hui n’avoir rien su. Je suis convaincu qu’il existe un cercle restreint au sein de la FIFA qui savait qui rencontrait qui et de quoi il était question», a-t-il affirmé.
Tebas reproche notamment à Infantino ses décisions concernant les compétitions internationales et le calendrier. «Je ne dis pas cela à la lumière des événements récents. J’observe ce style de management depuis longtemps, et il semble que tout le monde l’ait découvert aujourd’hui. Regardez l’organisation de la Coupe du monde des clubs, ce qu’ils ont essayé de faire et le résultat… Les décisions ont été prises sans que les acteurs importants du football, les ligues, n’en soient informés. Je n’ai pas oublié l’épisode de la Super League [européenne], où Gianni Infantino figurait dans les documents de travail des promoteurs de la compétition. De plus, il existe des liens. Certains des auteurs sont, là encore, présents dans le projet FFE. Gianni Infantino ne contribue en rien au développement du football. Au contraire, ses projets contribuent à détruire l’essence même de ce sport : les championnats nationaux», a-t-il lancé. Il estime surtout que le changement de direction à la FIFA est désormais nécessaire. «Le football n’est pas réservé à une élite. Pour moi, l’ère Infantino est terminée. Il reste à voir quand cela se concrétisera et comment la succession se déroulera. J’espère que l’objectif ne sera pas simplement de remplacer certaines personnes par d’autres, mais plutôt d’opérer un changement radical», a-t-il ajouté.
«Tant que je serai président de La Liga, nous poursuivrons ce combat»
Le président de la Liga assure qu’il continuera à s’opposer aux décisions qu’il considère contraires aux intérêts des ligues et des joueurs. «Nous devons protester, défendre nos droits et saisir les tribunaux lorsque cela s’avère nécessaire. En 2024, La Liga, en collaboration avec la FIFPro, a engagé une procédure contre la FIFA auprès de la Commission européenne concernant l’expansion continue des matchs et des compétitions. Lorsqu’il y a abus de position dominante, il est important de se défendre. Or, bien que beaucoup partagent notre analyse, c’est souvent La Liga qui prend ces mesures seule. Nombreux sont ceux qui disent préférer le dialogue, mais cela fait vingt ans que nous discutons et rien n’a été résolu. Tant que je serai président de La Liga, nous poursuivrons ce combat», a-t-il conclu.


