Le projet de Gianni Infantino de vendre une partie de l’exploitation commerciale de la Coupe du monde à des investisseurs privés continue de faire grand bruit. Révélée cette semaine, cette initiative de la FIFA, qui pourrait permettre de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, suscite une vague de critiques à travers le monde. L’UEFA, plusieurs grands médias internationaux et même l’ancien président de la FIFA, Joseph Blatter, dénoncent un projet qui pourrait bouleverser durablement la gouvernance du football mondial.
Selon la FIFA, cette réforme s’inscrit dans une stratégie visant à accroître les investissements consacrés au développement du football. L’instance souhaite créer une nouvelle structure commerciale afin de porter ces investissements à plus de 10 milliards de dollars. Avant d’entrer en vigueur, le projet devra toutefois obtenir l’approbation de la majorité des 211 fédérations membres ainsi que du Conseil de la FIFA.
D’après les révélations du Times, cette nouvelle entité permettrait à la FIFA de céder une partie des droits commerciaux de la Coupe du monde et de la Coupe du monde des clubs à des investisseurs privés. Le quotidien britannique affirme également que Gianni Infantino pourrait, à l’issue de son mandat, occuper un poste de commissaire au sein de cette future société. Pour mener à bien cette opération, la FIFA travaillerait avec la banque JP Morgan, tandis que Thrive Eternal, société fondée par Joshua Kushner, figurerait parmi les investisseurs intéressés.
L’UEFA dénonce une ligne rouge
L’annonce a immédiatement provoqué la colère de l’UEFA, qui considère que la FIFA franchit une limite jamais atteinte. «L’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à marchander, surtout sans aucune transparence quant aux bénéficiaires financiers. Le football n’appartient à personne», a déclaré l’instance européenne, qui avait déjà martelé que «le football n’est pas à vendre». L’organisation dirigée par Aleksander Čeferin estime que cette proposition «franchit une ligne que les institutions régissant le football ne devraient jamais franchir», laissant craindre un conflit institutionnel d’une ampleur inédite entre les deux principales autorités du football mondial.
La presse internationale s’alarme
La polémique dépasse largement les frontières de l’Europe. En Espagne, El País voit dans cette affaire une nouvelle étape de la lutte d’influence entre la FIFA et l’UEFA. «La lutte de pouvoir entre la FIFA et l’UEFA, qui dure depuis plusieurs années, continue de s’intensifier. Le scandale lié à l’ingérence présumée de Donald Trump dans la Commission de discipline de la FIFA pendant la Coupe du monde, dans l’affaire dite de Balogun, a déclenché une vague de critiques à l’encontre de la direction de Gianni Infantino et a marqué le début d’une offensive de l’UEFA», écrit le quotidien espagnol.
Le journal AS va encore plus loin en qualifiant cette initiative de véritable «bombe nucléaire» pour le football mondial. «Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a lancé un processus qui pourrait aboutir à la vente de parts de la Coupe du monde et de la Coupe du monde des clubs à des investisseurs privés. Cette initiative a suscité une vive réaction de l’UEFA qui, dans un communiqué cinglant, a déclaré : « Le football n’appartient à personne. Il n’est pas la propriété de la FIFA. »»
Une révolution économique en préparation
Le Financial Times estime que cette réforme pourrait transformer en profondeur le modèle économique du football. «La semaine dernière, nous écrivions que le football anglais était à vendre. Hier, nous révélions que c’est en réalité le football mondial qui est à vendre. Et cette fois, l’enjeu est de taille : la Coupe du Monde. La FIFA, instance dirigeante du football mondial et organisatrice de sa compétition la plus lucrative, crée une nouvelle entité pour centraliser ses revenus commerciaux. Mais le véritable point de rupture est ailleurs : cette organisation à but non lucratif, basée en Suisse, entend vendre des parts de cette entité à des investisseurs pour des milliards de dollars», souligne le quotidien économique.
En Argentine, Clarín s’intéresse également à l’avenir de Gianni Infantino. «Infantino apparaît comme le favori pour succéder à Infantino au poste de PDG ou de commissaire de la nouvelle société, une fois son mandat de président de la FIFA terminé. Bien que cette possibilité n’ait pas encore été officiellement définie ni débattue, on s’attend à ce que la rémunération soit comparable à celle d’un commissaire de la NFL. Actuellement, Roger Goodell perçoit environ 64 millions de dollars par an», rapporte le média.
Joseph Blatter fustige le projet
L’ancien président de la FIFA, Joseph Blatter, a également pris position contre cette réforme. «La relation étroite entre le président de la FIFA et le président des États-Unis a pris une dimension financière qui nuit profondément au football. Personne n’a le droit de vendre notre sport», a écrit le dirigeant suisse sur le réseau social X. Au-delà des critiques, la crise pourrait désormais avoir des conséquences sportives. Selon Sky News, «plusieurs fédérations européennes discuteraient d’un éventuel boycott de la Coupe du monde féminine 2027, organisée au Brésil, afin de protester contre les projets de la FIFA».


