Le projet de la FIFA d’ouvrir une partie de l’exploitation commerciale de la Coupe du monde à des investisseurs privés continue de provoquer une vague de réactions négatives. Après l’UEFA, Javier Tebas ou encore Sepp Blatter, c’est désormais la Commission européenne qui exprime ses inquiétudes face à cette réforme portée par Gianni Infantino.
Glenn Micallef, commissaire européen chargé du sport au sein de la Commission européenne, a vivement critiqué cette initiative, estimant que «la commercialisation débridée du football» représente une menace pour l’identité du sport. «Ces propositions soulèvent d’importantes questions concernant le droit de la concurrence», a écrit le responsable maltais sur les réseaux sociaux, avant d’ajouter un message clair : «Touche pas à notre sport !». Le commissaire européen a également assuré que la Commission européenne examinerait le dossier avec attention, «dans le cadre des pouvoirs qui lui sont conférés par les traités».
La FIFA veut lever 4,2 milliards de dollars
Mardi, la FIFA a dévoilé son ambition de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars en vendant des participations dans l’exploitation commerciale de la Coupe du monde à des investisseurs privés. L’objectif affiché par l’instance mondiale est d’augmenter le financement consacré au développement du football à plus de 10 milliards de dollars dans les prochaines années grâce à une nouvelle structure commerciale, dont la création devra être validée par la majorité des 211 fédérations membres ainsi que par le Conseil de la FIFA.
Selon l’organisation dirigée par Gianni Infantino, «cette réforme prévoit la création de FIFA Forward Enterprise (FFE), une filiale détenue à 100 % par la FIFA, qui regroupera les droits commerciaux de l’institution. La FIFA souhaite vendre des participations minoritaires dans cette nouvelle entité, initialement valorisée à environ 20 milliards de dollars, tout en affirmant qu’elle conservera le contrôle total de la gouvernance du football, des compétitions, du calendrier international et des décisions sportives. L’instance mondiale assure que les investisseurs n’auront aucun rôle opérationnel et disposeront uniquement de participations financières».
Un financement plus important pour les fédérations
Pour défendre son projet, la FIFA met en avant une augmentation significative des aides destinées aux fédérations membres. Le programme FIFA Forward, actuellement doté de huit millions de dollars par fédération, pourrait passer à 20 millions de dollars pour le cycle 2027-2030, puis à 22 millions entre 2031 et 2034 et 24 millions entre 2035 et 2038.
La FIFA prévoit également la création du programme FIFA Fast-Forward, qui permettrait d’accorder jusqu’à 20 millions de dollars supplémentaires par fédération pour financer des projets spécifiques comme des stades, des centres d’entraînement ou des infrastructures sportives. Mais ces arguments ne suffisent pas à convaincre ses opposants, qui craignent une transformation profonde du modèle économique du football mondial.
L’UEFA dénonce une «ligne rouge»
L’UEFA a été l’une des premières institutions à réagir fermement au projet. Dans un communiqué, l’instance européenne a estimé que cette initiative «franchit une ligne que les institutions régissant le football ne devraient jamais franchir». «L’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à marchander, surtout sans aucune transparence quant aux bénéficiaires financiers. Le football n’appartient à personne. Il n’appartient pas à la FIFA et elle n’a pas le droit de le vendre», a déclaré l’UEFA.
La Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF) a également exprimé sa préoccupation, regrettant que ces propositions aient été dévoilées avant toute consultation avec les différentes parties prenantes. La Fédération anglaise de football (FA) a, de son côté, fait part de sa «profonde inquiétude», notamment parce qu’elle affirme ne pas avoir été informée au préalable.
Blatter et les politiques s’attaquent à Infantino
L’ancien président de la FIFA, Sepp Blatter, a lui aussi pris position contre le projet. «La relation étroite entre le président de la FIFA [Gianni Infantino] et le président des États-Unis [Donald Trump] a pris une dimension financière qui nuit gravement au football», a écrit l’ancien dirigeant suisse. Avant d’ajouter : «Personne n’a le droit de vendre notre sport». Au Royaume-Uni, le maire de Manchester et ancien député travailliste Andy Burnham a également critiqué cette orientation. «Le football n’appartient pas aux investisseurs», a-t-il déclaré, estimant qu’il appartient avant tout à ceux «qui remplissent les tribunes et regardent les matchs semaine après semaine, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau».
Aux États-Unis, plusieurs élus démocrates ont également attaqué le projet, dénonçant les liens entre Gianni Infantino et l’administration américaine. «Il semblerait que le prix Nobel de la paix frauduleux [décerné par la FIFA à Trump] et le contrat de location pharaonique de la Trump Tower n’aient pas suffi. Gianni Infantino tente maintenant un coup du chapeau en cherchant à conclure un accord de plusieurs millions de dollars avec le frère de Jared Kushner [gendre de Trump et envoyé spécial américain pour la paix] afin de vendre une partie des droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Les supporters de football ont déjà été lésés lors de la Coupe du monde par des prix de billets exorbitants, et les intérêts des oligarques et des grandes entreprises vont maintenant ternir davantage la beauté de ce sport», ont estimé des membres démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants.
Les supporters craignent une dérive commerciale
La contestation gagne également les associations de supporters. L’Association des supporters de football estime que la FIFA a franchi une nouvelle étape dans la transformation commerciale du football. «Nous pensions que la FIFA ne pouvait plus rien faire pour nuire à ce qu’ils aiment dans la plus grande compétition de football», a déclaré l’organisation, avant d’ajouter : «moins de deux semaines après le coup de sifflet final, il est devenu clair que les choses pouvaient encore empirer».


