L’arbitre portugais João Pinheiro a livré un témoignage passionnant sur sa première participation à une Coupe du monde. Dans un entretien accordé à Canal 11, l’officiel de la Fédération portugaise de football est revenu sur son parcours lors du Mondial 2026, mais aussi sur l’un des épisodes les plus commentés du tournoi : son échange avec Lionel Messi lors du quart de finale entre l’Argentine et la Suisse (2-1).
Désigné pour arbitrer trois rencontres de la compétition, dont le choc entre l’Argentine et la Suisse, João Pinheiro considère cette expérience comme le point culminant de sa carrière. «Honnêtement, ce rêve a dépassé toutes mes espérances. Je m’attendais à une compétition exigeante, quelque chose d’extraordinaire, mais le Championnat du monde est tout simplement époustouflant. Ce n’est qu’en y participant qu’on en réalise l’ampleur», a confié l’arbitre portugais. Le premier match a marqué un tournant dans son aventure. «J’ai compris que mon rêve était en train de se réaliser dès le premier match, Bosnie-Suisse, qui a été le plus difficile de la compétition. L’entrée sur le terrain a été un peu intimidante, le coup de sifflet initial aussi, mais dès le début du match, j’ai pu en profiter pleinement», a ajouté João Pinheiro.
Une préparation physique et mentale de tous les instants
Le Portugais a également dévoilé les coulisses du quotidien des arbitres durant la compétition. Entre les séances d’entraînement matinales, les analyses vidéo et les longs déplacements à travers les États-Unis, le rythme était particulièrement exigeant. «Tous les matins à 9 h, nous étions au centre d’entraînement de Miami pour nous entraîner, profitant au maximum de la fraîcheur ambiante car il faisait toujours très chaud. À 11 h, nous avions une séance d’entraînement, parfois aussi l’après-midi», a expliqué l’officiel.
Au-delà de la préparation physique, João Pinheiro a insisté sur le travail psychologique effectué avant chaque rencontre. «D’abord, il y a eu la première nomination, car voir mes collègues la recevoir et pas nous… ça a commencé à devenir difficile à gérer. Ensuite, il y a le travail avec les personnes qui nous aident, ces personnes « invisibles », comme deux psychologues et des préparateurs physiques. Les deux psychologues m’ont aidé à rester aussi calme que possible, ce qui est très difficile pour une première Coupe du monde», a-t-il raconté.
João Pinheiro explique la polémique autour de l’expulsion de Breel Embolo
Le quart de finale entre l’Argentine et la Suisse a été marqué par une vive polémique, notamment après l’expulsion de Breel Embolo à la suite d’un second carton jaune. João Pinheiro a expliqué que cette décision résultait d’une intervention de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), qui a permis de revoir l’action avec précision.
«Cette Coupe du Monde a introduit plusieurs nouveautés, notamment le chronométrage des touches, qui a accéléré le jeu, et cet incident de méprise. Sur le moment, nous pensions que le joueur argentin (Paredes) avait commis une faute passible d’un carton jaune. Cependant, l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) a indiqué le contraire, estimant que le joueur adverse avait simulé. Après analyse de la situation, cela s’est confirmé. Il s’agissait du deuxième carton jaune, mais si cela avait été le premier, la décision aurait été la même. Ces changements introduits par la FIFA contribuent donc à un meilleur jeu et je pense qu’ils ont eu un excellent impact sur nous, les arbitres, sur l’équité du jeu. Ce sont des changements très positifs», a-t-il expliqué.
«Avec Messi ou Cristiano Ronaldo, ces situations sont normales»
L’arbitre portugais est également revenu sur son échange avec Lionel Messi, qui avait contesté plusieurs de ses décisions pendant la rencontre. Pour João Pinheiro, cette séquence a été largement amplifiée par la notoriété de la star argentine. «Messi a causé des problèmes, tout comme d’autres joueurs. Ce sont des situations qui arrivent entre joueurs. Le football est fait de ce genre de discussions ; les capitaines d’équipe communiquent généralement davantage, et les nouvelles règles le permettent. Ce qui est arrivé à Messi est arrivé à d’autres joueurs. Bien sûr, comme il s’agissait de Messi, cela a peut-être donné plus de visibilité à l’incident, mais c’est quelque chose qui se produit naturellement dans le football», a-t-il déclaré.
João Pinheiro assure que les échanges entre arbitres et joueurs font partie intégrante du football, quel que soit le niveau de la compétition. «Il existe une relation normale entre nous, joueurs et arbitres ; il peut arriver qu’il y ait des divergences d’opinions sur certaines situations, mais rien d’anormal. Cela se produit en Coupe du monde, en Ligue des champions, en première, deuxième et troisième division. Bien sûr, qu’il s’agisse de Messi ou de Cristiano Ronaldo, ces situations sont perçues différemment, mais c’est parfaitement normal, voire sain. Nous n’avons pas besoin de distribuer des cartons jaunes pour un rien. Quand nous communiquons, nous nous comprenons», a-t-il poursuivi.
Une première Coupe du monde réussie avant de viser l’Euro 2028
Au terme de cette compétition, João Pinheiro estime avoir franchi un cap important dans sa carrière et contribué à mettre en lumière l’arbitrage portugais. «Si nous arrivons à un Championnat du monde et que notre premier match ne se déroule pas bien, il est difficile d’en faire un bon deuxième. La vérité, c’est que le premier match s’est très bien passé, le deuxième a également été très apprécié, et nous avons eu la chance d’arbitrer le troisième. Pour notre premier Championnat du monde, nous avons réalisé des choses que nous n’avions pas imaginées. Nous avons réussi à démontrer que nous pouvions rivaliser avec les meilleurs au monde. Un moment important pour l’arbitrage portugais», a-t-il souligné.
Déjà tourné vers l’avenir, l’arbitre portugais ambitionne désormais de participer à l’Euro 2028, tout en gardant les pieds sur terre. «Nous avons encore tellement de choses à accomplir, nous sommes si jeunes ! Les compétiteurs en veulent toujours plus. Il y a un championnat d’Europe dans deux ans et nous voulons vraiment y participer, mais pour cela, nous devons maintenir notre niveau. Ce n’est pas parce que nous avons atteint les quarts de finale du championnat du monde et réalisé une saison extraordinaire que nous allons changer d’avis. Si nous pensons être les meilleurs maintenant, la chute risque d’être plus facile», a conclu João Pinheiro.


